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Gaëtan Chrétiennot – Universités de Strasbourg et Mulhouse

Cette année, l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse m’a donné la possibilité d’intervenir pour un nouveau cours aux étudiants de son Master 1 de Traduction. C’est la thématique de la Qualité que j’aborderai avec cette nouvelle promotion. La qualité est au cœur de nos services de traduction et, comme j’aime à le dire, une bonne traduction n’est jamais le fruit du hasard !

Fort de 20 années d’expérience professionnelle à la tête d’une société de traduction en France, j’ai commencé par évacuer dix idées reçues sur la qualité. Certains clients, qui ne connaissent pas nécessairement notre métier, peuvent faire fausse route lorsqu’il s’agit de sélectionner un premier partenaire linguistique. Ils s’imaginent, par exemple, que faire confiance à un seul traducteur peut suffire (les plus grands auteurs eux-mêmes se font relire, eux aussi). D’autres pensent que faire appel à de grosses agences de traduction implantées mondialement est un gage de sécurité, simplement parce qu’elles proposent une centaine de langues et un service 24/7. En cela, l’analogie avec le secteur de la restauration est parlante : un restaurant à grande capacité et à la carte internationale mêlant plats français, italiens, indiens et chinois égayera-t-il autant vos papilles qu’une maison réputée pour ses spécialités locales ? Votre pizzaïolo préféré vous régalera avec ses pizzas, probablement moins avec… ses rouleaux de printemps.

J’évoque par la suite avec mes douze étudiants la traduction professionnelle sous l’angle des normes de qualité les plus courantes (ISO 9001, ISO 17100) et des principes de gestion et de contrôle de la qualité. Un bien vaste programme, d’autant plus que les professionnels ne s’accordent pas toujours sur la définition de la qualité.

Pour renforcer le transfert de connaissance, rien de mieux que la mise en pratique. J’ai confié à Julien Egensperger, linguiste professionnel chez Six Continents et d’ailleurs lui-même ancien étudiant du Master TST de Mulhouse, la présentation et l’organisation d’exercices. C’est lui qui demandera aux étudiants de s’essayer à réviser individuellement un même texte traduit de l’anglais en français. L’objectif est de montrer à quel point la nature du travail de révision linguistique peut se révéler subjective, malgré tous les efforts consentis pour se conformer à des consignes et à un guide de style.

Nous évoquons également le fonctionnement et l’utilité des fiches d’évaluation (« scorecards »), qui permettent de catégoriser et hiérarchiser les erreurs identifiées au cours d’une révision. Un score de 97 à 99,5 % est requis pour que le travail restitué soit conforme aux exigences de qualité, selon le type de contenu, la destination du texte (pour publication, pour compréhension…), le public visé et le client.

En France aujourd’hui, 45 % des 25–34 ans sont détenteurs d’un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 40 % en moyenne dans les pays européens. Au fur et à mesure que les diplômes de l’enseignement supérieur se banalisent, ils tendent à perdre de leur valeur au moment de la course au recrutement. Pour attirer l’attention d’un recruteur, les jeunes diplômés doivent se démarquer, que ce soit grâce à une compétence rare, une intelligence hors-norme dont ils peuvent attester, ou une expérience supplémentaire qui pourra faire la différence au moment du choix parmi plusieurs candidats. C’est ce petit avantage unique que j’entends procurer à mes étudiants, en leur communiquant des informations détenues par les acteurs du métier.

Le secteur de la traduction est un petit univers, dans lequel le « réseau » que l’on parvient à se constituer occupe une place prépondérante. En effet, notre métier se base sur la confiance réciproque. Si j’enseigne à Mulhouse et à Strasbourg (master CAWEB, master TCLoc), c’est également pour créer un pont entre les professionnels expérimentés et les nouveaux arrivants.